Pascal Coffez : un art primitif et high-tech

Artiste franco suisse, Pascal Coffez vit isolé dans un château aux abords de Zurich. Il dessine chaque jour des dizaines de personnes et d'artefacts venues d’ailleurs. Ici, c’est comme si son esprit accueillait des personnages venus d’une autre époque. Des personnages mystérieux : ici un guerrier en armure, là un roi, plus loin des gens du peuple; mais aussi des objets du quotidien, des bijoux, des sculptures en bronze qu'il voit comme dans un rêve.

L’esprit créatif de l’artiste nous révèle la qualité intrinsèque de ces formes d’une pureté ancestrale. C'est ainsi que l’on redécouvre une beauté à la fois immuable et toujours renouvelée comme l’est le regard perspicace de l’artiste porté sur l’invisible.
Pascal Coffez touche à la source d’un art qui se magnifie par un œil poétique. L’artiste jongle avec les fulgurances et la matière. Pascal conçoit une œuvre définitivement tournée vers le signe et la lumière. Une sorte de plongée à la recherche d’une intemporalité qui intervient dans l’écriture même du tableau, dont le format intègre un savant enchevêtrement de spiritualité et de modernité.

Inspiré par l’apparition insolite et onirique d'œuvres sumériennes, il a su par une interprétation féconde saisir l’émotion de ces bijoux, de ces sculptures, de ces flacons paradoxalement archaïques et modernes. Une œuvre source d’une inépuisable richesse. 

Des images nées de ces rêves éveillés jaillissent, en quelques minutes, des œuvres hors du commun. En quelques traits l’artiste traverse les siècles et nous restitue sa lecture profondément émue de ces vestiges du passé. Aucune réflexion, aucune planification : le pinceau court sur la feuille en une sorte de transe chamanique, invitant à notre époque le berceau de l’Humanité.

C’est l’heure de la révélation : une nouvelle peinture apparaît, offrant au peintre ses nouvelles couleurs, et dévoilant par le jeu des ombres et des lumières de nouvelles formes et de nouveaux contours. Le fruit d’un travail qui avance sans cesse, croît et amplifie son cheminement dans le temps comme dans l’espace.

L’étape ultime est une impression de l’œuvre en trois dimensions : de la peinture naît la sculpture, bronze vivant qui donne vie à la toile, la matérialisant comme un fugitif échappé de sa prison.

Les œuvres picturales de Pascal mêlent dessin, peinture et art digital.. C’est un art à la fois primitif et high-tech.

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Coffez: " C'est un travail de funambule "

Quel est le processus de réalisation de vos images?
Quand c'est magique, le dessin sort de  lui-même, directement équilibré. La représentation exacte de ma vision.
D’autres fois, pour matérialiser mon rêve, je peux recommencer intégralement plusieurs dizaines de fois. A chaque fois je recommence depuis le début.
Je ne refais pas à proprement parler le même dessin, mais je travaille avec la même intention, la même sensation. Ceci produit une série d'images de la même veine mais finalement toutes différentes.


Je parle de dessin, mais il s'agit de dessiner et peindre dans le même mouvement, dans le même instant. Tout est synchronisé sans avoir à y réfléchir. Au lieu de penser perspective ou angle de vue, je cherche à rester concentré sur l’impression, le ressenti, l’énergie qui m’habite.

C’est un travail de funambule : je cherche le fil qui  me permettra d'avancer un pas puis un autre encore, et si je commence à analyser ce qui se passe, le fil commence à se dérober et à s’évanouir. L’équilibre est alors rompu. Comme dans une méditation, quand le mental prend le dessus, la méditation s'arrête.

Quel supports utilisez-vous?
 Mon travail peut être imprimé en très grand format sur métal, plexiglas, sur papier ou encore en qualité musée, savamment encadrées professionnellement. On peut également les diffuser en tant que tableau digital, et modifier la chromie ou la rotation pour faire naître une nouvelle œuvre. Cette flexibilité technologique ajoute à l’originalité de mon travail.

Certaines contiendront bientôt un très léger et lent mouvement, de légers changements de couleur. Certains portraits sont destinés à être imprimés en sculptures 3D, en métal  (Ces travaux sont en cours avec un ingénieur professionnel). 

Je suis aussi passionné par la formidable opportunité des NFT. Comme le fameux Beeple, je fais moi aussi chaque jour des œuvres digitales en série que je souhaite partager.

Avec mon logiciel, j’ouvre les images et je les inverse. L’œuvre apparaît.
Je m’autorise tout juste si besoin la décomposition de la lumière blanche en rouge/vert/bleu, comme je l’ai fait pour le triptyque. Je m’interdis en principe toute modification du trait : je ne veux pas polluer de ma vanité d’artiste cette inspiration plus grande que moi.

Quel rôle joue la technologie pour vous?
Pour moi, l’aspect digital et technologique n’est pas primordial : c’est un l’outil, faute de mieux, pour donner vie à mes « illuminations ». 

Tout ceci a commencé à la fin de l'an dernier, dans votre atelier de Rheinfall, n'est ce pas? Pourriez-raconter cette "première fois?

Fauché, confiné, interdiction de dessiner dehors. Je pense et repense à la possibilité de peindre de grandes œuvres sur métal (140/140). Mais je n’ai que du papier format A4. Je repense à Jean-Pierre Desclozeaux, qui dessinait sur des formats timbre-poste des dessins d’une grâce infinie et qui finissaient en grand format placardés sur des murs.
Je tire le fil de la pelote, et j’imagine chaque dessin en négatif, couleurs inversées. Cela tombe bien, car je n’ai ni or ni couleur métal dans le peu de matériel dont je dispose. Mais avec le bleu et ma tablette, je peux les faire apparaître comme par magie.
Je fais des essais en musique. Cela dure des nuits entières. Lorsque l’inspiration est là, les œuvres naissent par gerbes, comme des fleurs. 
L’intention
Le technique doit laisser la place à quelque chose qui n'est pas complètement pensé, rationnel. Ce n'est pas du dessin à proprement parler, mais plutôt la matérialisation d’une intuition, d’une voix qui ne demande qu’à jaillir sans que je m’en mêle.

Cette démarche est toute inverse à celle à laquelle je me contrains lorsque je dessine pour la presse (roughs, roughs améliorés, dessin puis encrage). Il ne s’agit pas de cheminer à travers un processus rationnel, mental et technique pour fournir un produit fini. Je m’interdis toute correction.

Parfois, un dessin original surgit spontanément, comme par magie, et exprime une grâce et une poésie incomparables aux dessins planifiés, réfléchis. Les « Sumerian Revelations » s’inscrivent dans la même lignée.

Quand je réalise une illustration, je dessine avec les mains, en contrôlant le trait : je suis le seul maître à bord. Avec les "Sumèriens" je dessine avec le cœur, je lâche prise, je laisse mes émotions et mes impressions prendre le contrôle.

Comment ressentez-vous le regard du spectateur?
Chacune de mes réalisations demande du temps pour se révéler au spectateur. Il ne peut s’agir d’en saisir la complexité en un seul regard. Si une toile vous attire, il suffit de la fixer et de se laisser emporter, l’esprit libre et sans a priori : en quelques minutes, des images apparaissent. Chaque spectateur aura sa « vision », comme lorsque l’on regarde les nuages. Un changement de lumière ou d’angle offre de nouvelles formes et une nouvelle lecture. Rien n’est juste, rien n’est faux : chacun y voit ce qu’il pense y voir. La confrontation de ces visions est d’une richesse infinie. L'impression en grand format favorise cette "apparition" d'images successives. Et le regard du spectateur est essentiel dans ma démarche. Il enrichit mon interprétation des œuvres. J'ai vu des personnes m'expliquer avec passion ce qu'elles voyaient. Et j’ai perçu leur vision à mon tour.

Et vous, quel regard portez-vous sur vos oeuvres?
Je découvre chaque œuvre "majeure" comme une image renfermant un secret. J’en suis moi-même le spectateur, un spectateur face à une révélation, d’où le nom "Sumerian Revelations".
Dans un premier temps il y a ma lecture, ou plutôt mes lectures car chaque retour à l’œuvre m’offre de nouvelles images. Puis vient la lecture de l’Autre, qui m’aide à voir ce que je ne vois pas. Chaque sensibilité fait jaillir une vision nouvelle.

C’est comme une promenade lorsque la météo est changeante ; il faut prendre le temps de faire plusieurs pas, accepter de ne jamais voir deux fois le même tableau. Ou encore comme  pour une mélodie, il faut  écouter plusieurs notes pour s'en faire une idée.  Sinon rien.

A ce prix, mes œuvres peuvent offrir leur richesse.

Ne sachant comment présenter une production "plus grande que moi", venue d’ailleurs, je me suis abstenu de toute communication sur les réseaux. Ce qui fait que je n'ai vendu que trois œuvres de cette collection à ce jour, notamment un triptyque à un collectionneur parisien et un autre tableau en province.

L’exclusivité de mes œuvres est donc quasi totale.

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